Wednesday, 3 August 2016

POUR LES AMIS FRANCOPHONES

 
Traduction en amateur des premières pages du livre
Rock Progressivo Italiano: An introduction to Italian Progressive Rock



Les origines du Rock Progressif Italien

 
En Italie, à la fin des années soixante, outre les classiques chansons mélodiques italiennes, était en vogue un nouveau genre de musique "dérivé", le Beat Italien, un genre où on utilisait des reprises de chansons célèbres à l'étranger. C'était une version italienne du genre musical anglais appelé "Mersey Beat", à ne pas confondre avec la Beat Generation qui est au contraire un phénomène tout américain. En Italie, "beat" est synonyme des chansons insouciantes et simples, avec des harmonies vocales claires sur des rythmes battantes conçus pour danser, des chansons dans leur façon révolutionnaires, inspirées par les Beatles, les Rolling Stones, les Yardbirds, les Animals ou les Hollies. Prendre l'inspiration ici signifie produire des covers, c'est à dire transposer des chansons étrangères en italien pour en faire des nouvelles tubes (1). En vérité, le phénomène des cover versions, le remake d'une chanson avec des paroles traduites en italien, a des racines profondes. Il remonte aux années 30, une époque où en Italie on avait interdit l'utilisation des langues étrangères (2). Pour éviter cet obstacle et avoir la possibilité de jouer les grands succès américains en public, ont avait commencé donc à réécrire les paroles en italien et de cette façon de nombreux classiques du jazz et du swing avaient été introduites au public italien. La pratique, qui avec le temps s'était consolidée, avait continué pendant les années 40 et au cours de la décennie suivante, même si les langues étrangères n'étaient plus interdites et les chansons américaines et britanniques pouvaient être joués librement. Les reprises avaient de nombreux avantages: ils permettaient aux musiciens d’interpréter des chansons qui avaient déjà prouvé leur potentiel commercial et permettaient aux orchestres qui jouaient dans les salles de danse d'expandre considérablement leur répertoire. Pendant les années 50 on registre une augmentation significative de ce phénomène et à l'arrivée du rock'n'roll le nouveau genre avait été exploité tout de suite par des jeunes chanteurs, comme Adriano Celentano, qui proposaient les tubes américaines et britanniques avec de nouvelles paroles en langue italienne. Mais c'est dans les années 60, avec l'avènement du beat, que le phénomène avait vraiment explosé. 

Franz Di Cioccio

A cette époque, ce n'était pas facile de trouver les nouveaux disques de groupes britanniques, puisque l'Italie était encore considéré comme un marché secondaire et seulement quelques enregistrements avait pu traverser la Manche (3). Franz Di Cioccio, batteur de la Premiata Forneria Marconi: - Le "beat" italien était aussi un phénomène d'émulation, souvent plus concentré sur l'aspect extérieur que sur la musique. Si vous prenez un disque et vous le copiez comme il est, c'est ne pas comme être les Troggs ou les Traffic ou les Yardbirds qui ont eu dans leur formation trois des plus grands guitaristes de l'histoire du rock (Eric Clapton, Jeff Beck et Jimmy Page). Ils écrivaient leurs pièces et ils ont su façonner leur son. Dans notre pays, ce phénomène était typiquement italien. La chanson italienne prend tout et le phagocytes, c'est un classique. Quand un phénomène devient un phénomène il est incorporé, il est exploité à la fois sur le plan économique et d'un point de vue social et tout devient édulcoré et dilué. Une fois que vous avez mis la main sur le phénomène et que vous l'avez exploité, vous tournez votre attention à autre chose. Les musiciens qui croyaient en leur musique ont continué tandis que d'autres qui étaient convaincus qu'ils pouvaient continuer leur carrière en changeant juste un peu et travailler sans effort ont dû s’arrêter (4).


Beaucoup de groupes de Rock Progressif Italien de la première vague ont commencé leur carrière en tant que beat bands, bien que parfois avec des noms différents, comme, par exemple, Le Orme, Premiata Forneria Marconi (I Quelli), Banco del Mutuo Soccorso, I New Trolls, Delirium (I Sagittari), I Giganti, Metamorfosi (Frammenti), Il Balletto di Bronzo, I Califfi, I Dik Dik et beaucoup d'autres. Le monde de la musique Pop à cette époque en Italie était complètement distincte du monde de la culture musicale. Il n'y avait pas d'écoles de "musique moderne" et la formation des musiciens était principalement d’orientement classique. Ivano Fossati, chanteur et multi instrumentiste de Delirium: - Dans les années soixante, il n'y avait que les "assassins" avec des guitares électriques et ceux qui avaient étudié au Conservatoire. Deux mondes irréconciliables(5). Ensuite, les porte-drapeaux des nouveaux sons du rock progressif sont venus de Grande-Bretagne (avec King Crimson, Yes, Emerson Lake & Palmer, Genesis, Gentle Giant et Van Der Graaf Generator en première ligne) montrant une nouvelle façon de jouer, la possibilité de mélanger rock et musique classique en produisant des albums pleins de sens: le rock progressif est l'idée d'une musique cultivée pour des gens acculturés (6). Londres était ainsi devenue un point de référence et une destination très attrayante pour les jeunes musiciens italiens et les amateurs de musique rock. Luciano Regoli, chanteur et guitariste de Raccomandata con Ricevuta di Ritorno, Il Ritratto di Dorian Gray, Samadhi et DGM: - Dans la petite scène romaine à la fin des années soixante, c'était difficile d'écouter du rock anglaise puisque nous ne pouvions pas écouter les dernières nouveautés à la radio. Puis, quand les garçons de cette période avaient la chance de se rendre à Londres, ils avaient pris l'habitude de ramener avec eux, entre autres choses, des albums britanniques de groupes comme Deep Purple et Led Zeppelin, de sorte que la petite scène romaine a commencé à s'intéresser à ce nouveau genre de musique (7).


Franz Di Cioccio: - Il n'y a pas de date précise qui marque le début de la première vague du Rock Progressif Italien dans les années soixante-dix. Il y avait des influences musicales qui venaient d'Angleterre, un pays qui, traditionnellement, a toujours semé des graines importantes pour le développement de la musique, alors que les Américains ont toujours été mieux à trouver la clé commerciale (8). Cependant, les critiques affirment généralement que le début du mouvement du Rock Progressif Italien a été la publication de l'album de le Orme Collage, au printemps 1971 (9). Le succès commercial de cet album a aidé d'autres groupes progressifs à obtenir plus d'attention de l'industrie de la musique. Toni Pagliuca, claviériste de Le Orme: - Nous voulions mettre quelques improvisations entre les parties chantées et nous avons dû nous décider sur le style à suivre... Après avoir été à au festival de l'île de Wight, c'était clair pour nous que nous ne pouvions plus continuer à jouer les chansons habituelles avec tout simplement des vers et des refrains (10). L'album de Le Orme avait eu un succès extraordinaire et inattendu et immédiatement beaucoup d'autres groupes avaient suivi leur exemple avec d'autres albums dans le même style, comme Premiata Forneria Marconi, I New Trolls, Delirium, Osanna ou Banco del Mutuo Soccorso. Vittorio Nocenzi, claviériste de Banco del Mutuo Soccorso: - Le projet du Banco del Mutuo Soccorso est né quand j'avais seulement dix-huit ans, avec la première formation et la volonté de trouver un pont entre la génération Beat et la nécessité d'une nouvelle synthèse musicale sur les chemins de la musique classique que je l'avais déjà parcouru ... (11).


L’âge d'or du Rock Progressif Italien allait commencer. Gianni Leone, claviériste et chanteur de Balletto di Bronzo Il: - En Italie, ils ont commencé à parler de rock progressif au cours d'un festival pop à Novate, près de Milan. Je me souviens de la rencontre avec Banco del Mutuo Soccorso, Osanna, PFM, Trip, Nuova Idea, tous les groupes les plus importants de cette période étaient là. C'était juste après l'été 1971 et il y avait aussi les anglais de Colosseum. La Radio Nationale (RAI) était présent avec une émission appelée "Per voi giovani" (Pour vous les jeunes). Les émissions radiophoniques étaient très importantes pour la diffusion de la musique progressive. A cette époque, la radio était le principal médias que vous aviez pour écouter de la musique nouvelle. Mais ce n'était pas comme aujourd'hui quand dès que vous allumez la radio, vous êtes submergés par une mer de musique de toutes sortes et genres et vous pouvez choisir. A cette époque, il y avait certains types de musique qu'on ne transmettait pas et s'ils trouvaient un peu d'espace c'était tout juste dans une émission qu'on passait une fois par semaine. Je me sentais comme le dernier des Mohicans alors que j'écoutais toutes ces notes, cet or, ce fluide doré. C'était le seul moyen de nous défendre des chansons mélodiques italiennes qui dominaient la scène musicale. Il n'y avait rien d'autre. Les radios transmettaient presque seulement de la musique très commerciale. Donc, vous n'aviez pas d'autre choix que de régler votre radio sur les fréquences des radios étrangères comme Radio Luxembourg ou attendre l'après-midi du jour où vous saviez que "Per voi giovani" ou une autre émission sporadique aurait transmis ce genre de musique, alors réputé complètement invendable (12)


[1] D. ZOPPO, Premiata Forneria Marconi, 1971-2006: 35 anni di rock immaginifico, ed. Editori Riuniti, Roma, 2006, p. 18.
[2] G. BORGNA, Storia della canzone italiana, Mondadori, Milano, 1992, p. 106
[3] R. IURZA, Il Beat... cos’è?, Puleio Press, Milano, 2006, p. 68
[4] T. TARLI: Beat Italiano – dai capelloni a Bandiera Gialla, 2^ ed., Castelvecchi, Roma, 2007, pag. 273
[5] M. COTTO, Di acqua e di respiro, Ivano Fossati si racconta a Massimo Cotto, ed. Arcana, Roma, 2005, p. 13.
[6] C. RIZZI, Progressive, ed. Giunti, coll. Atlanti Universali, Firenze, 1999, p. 6
[7] www.ilpopolodelblues.com
[8] G. CASIRAGHI, Anni 70 – Generazione Rock, Ed. Riuniti, Roma, 2005, p. 41.
[9] Pour exemple M. FORNI, Lungo le vie del prog – Storia del rock progressivo italiano. Personaggi e opere dal 1971 al 2008, Palladino Editore, Campobasso, 2008, p. 22-23.
[10] G. CASIRAGHI, Anni 70 – Generazione Rock, Ed. Riuniti, Roma, 2005, p. 128.
[11] www.pagine70.com.
[12] F. MIRENZI, Rock Progressivo Italiano - Vol. 2, ed. Castelvecchi, Roma, 1997


Tuesday, 31 May 2016

SOUNDS AND IMAGES

Arti e Mestieri are one of the best known Italian prog bands and have been active since 1973. They come from Turin and were formed on the initiative of Furio Chirico (former drummer of The Trip) who met with keyboardist Beppe Crovella (former member of a band called The Mystics) and four musicians from a jazz rock band called Il Sogno di Archimede, Gigi Venegoni (guitar), Giovanni Vigliar (violin, vocals), Marco Gallesi (bass) and Arturo Vitale (sax, vibraphone). In 1974 they released their debut album for the independent label Cramps, “Tilt – Immagini per un orecchio” (Tilt – Images for an ear), a brilliant mix of rock, jazz, classical, Mediterranean influences and melodic passages. The art cover by Gianni Sassi, featuring a flying funnel in a blue sky among white clouds, in some way describes the overall sound of this work where many influences floating in the air are caught and channelled through this conical utensil with a narrow tube at its apex to be blended and conveyed on the tracks of the album.


The title of the instrumental opener “Gravità 9,81” (Gravity 9.81) is inspired by the formula of the law of gravity. Ignoring air resistance, an object falling freely near the Earth’s surface increases its velocity at 9.81 m/s (32.2 ft/s or 22 mph) for each second of its descent. As gravitation causes dispersed matter to coalesce, on this track the creativity of the band perfectly blends the Mediterranean touches of colour evoked by the violin with a pulsing rhythm section and a jazzy sax solo. This piece is now an authentic trademark of the band.

Next comes “Strips”, where the dreamy, romantic mood of the music contrasts with the bitter disenchantment of the lyrics condemning a reality of empty conventions, of absurdities filling your head, of languid songs and artists whispering useless words, of faded stories about planets, wizards and gods... 

 
Corrosione” (Corrosion) is a kind of short bridge leading to the beautiful instrumental “Positivo/Negativo” (Positive/Negative) where an initial solar, dreamy part, featuring acoustic guitar and violin, gives way to a second part full of energy, featuring a great rhythm section and good electric guitar work.

In cammino” (Walking) is another excellent instrumental that opens with a melancholic sax introduction, then the rhythm takes off and the melancholy melts into joyful passages where the members of the band showcase their musicianship. On the original LP it was the last track of side A.

Arti e Mestieri 1974

Next comes the short instrumental “Farenheit”, where the rhythm goes slowly up as the temperature of a thermometer introducing “le plat de resistance” of the album, the long, complex suite “Articolazione” (Articulation), a piece about the need to live the present facing reality. There’s no time you can waste waiting dreaming for better days while Death is leading to the grave all her dear lovers... “It’s not because you think you have understood / That your future is going to change / In the mirror you must see / What is harder to see...”.

The experimental “Tilt”, almost an example of “musique concrète”, concludes an excellent album where the music flows away without weak moments.